Vera Molnar précurseuse de l'art informatique

Né à Budapest en 1924, Vera Molnàr est une artiste hongroise. Son oeuvre vaste et engagée porte sur la transformation, le déplacement et la perception de la forme. L’artiste qui a toujours refusé la publicité a eu une reconnaissance tardive de la part du public mais aujourd’hui, alors qu’elle fêtera ses 96 ans le 5 Janvier prochain, elle est considérée comme l’une des principales précurseuses de l’art numérique et algorithmique. Voici son histoire.

Formation artistique et début dans la peinture

Née en Hongrie, Vera Molnàr entre aux Beaux-Arts de Budapest pour y apprendre la peinture classique. Dès l’obtention de son diplôme de “professeur d’histoire de l’art et d’esthétique” en 1947, elle s’installe à Paris où elle consacrera ses “premières années artistiques” par des peintures abstraites et géométriques. Marquée par la géométrie, ses peintures sont fondés sur la ligne, le cercle, le carrée ou encore le méandre (deux courbes planes se coupant transversalement). Cette pratique lui vaudra d’être assimilée au courant de l’abstraction géométrique qui connait un fort développement dans les années 50.

Les mécanismes de la vision et “la machine imaginaire”

Depuis toujours, Vera Molnàr développe un intérêt pour les mécanismes de la vision. C’est donc tout naturellement que son travail s’oriente vers les sciences exactes. Dans les années 60, elle confie travailler sur une “machine imaginaire“. Plus simplement, elle “configure” son travail comme si elle l’effectuait sur une machine. Pour cela elle se fabrique ses propres “programmes” basés sur des directives rigoureuses et des interdits. Dans cette rigidité apparente, l’artiste ajoute “un soupçon de désordre” imperceptible qui tranche avec des constructions presque parfaites.

Son style “systématique” constituera le fondement de ce que les historiens de l’art qualifieront de “minimalisme à la Française”.

L’art optique et cinétique

Avec son mari François Molnar, alors directeur d’un laboratoire de recherche au CNRS, elle participe aux nombreux débats qui donneront (en 1960) naissance au GRAV (Groupe de Recherches d’Art Visuel). Elle y fera la connaissance de la nouvelle mouvance artistique comme Julio Le Parc, François Morellet et Horacio Garcia Rossi. Malgré une proximité évidente, elle gardera ses distances pour se consacrer à son art systématique.

L’art et l’informatique

Plus tard, en 1967, elle co-fonde le groupe Art et Informatique à l’Institut d’Esthétique et des Sciences de l’art de Paris. C’est dans ce cadre qu’elle réalisera ses premiers travaux sur un ordinateur. Loin de remplacer l’artiste, la machine l’aide à combler son désir d”exploration systématique.  Elle dira de la machine qu’elle lui permet de se “libérer d’un héritage classique sclérosé“.

Plus tard elle tiendra une conférence célèbre sur “l’art et l’ordinateur” à l’université expérimentale de Paris VIII. Ses recherches en la matière la conduiront à devenir membre du Centre de Recherche Expérimentale et Informatique des Arts Visuels à l’université de La Sorbonne.

Notoriété et reconnaissance tardive

Durant toute cette période elle n’aura de cesse d’aller à contre courant de l’école américaine.

Refusant la publicité elle ne sera que très peu exposée en galerie ce qui ne l’aidera pas à developper sa notoriété d’artiste. Ce choix engagé explique également le caractère tardif de sa reconnaissance par le public.

Il faudra attendre les années 90 pour que Vera Molnàr se révèle véritablement. Sa première exposition personnelle à lieu en 1990 au musée d’art moderne d’Ottendorf à Budapest.

Depuis cette période, elle expose chaque année à titre individuelle (Rennes, Paris, Zurich, Budapest, etc.) et son travail est présentée dans toutes les grandes expositions sur l’art non-représentationnel et d’avant-garde.

En 2018, elle reçoit à 94 ans le prix d’honneur AWARE à  l’unanimité (ex-aequo avec Nill Yalter). Ce prix délivrée par l’association éponyme fondée par Camille Morineau a pour objet de réhabiliter les artistes femmes sous représentées dans l’histoire de l’art et les expositions et les musées.

Peinture contemporaine triptyque Vera Molnar

Vera Molnar à La Baule ?

Si nous n’avons pas la chance d’exposer le remarquable  travail de Vera Molnàr, nous pouvons vous présenter l’une de ses oeuvres. Appartenant à une collection personnelle, Triptyque “Inversions” vous donnera un aperçu de l’oeuvre précurseuse d’une artiste extraordinaire.